Une transition de vie, ou le passage entre deux versions de soi

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Et si le plus difficile, dans une transition, n’était pas ce qui nous arrive… mais la personne que nous essayons encore d’être ?

La vie nous demandera toujours de changer. Notre véritable liberté n’est peut-être pas d’éviter ces changements, mais de devenir, au fil de l’expérience, la personne capable de les traverser.

Nous croyons souvent que les périodes difficiles sont le problème. Une séparation. Un deuil. Une maladie. Le départ d’un enfant. Un changement de travail. Ou simplement ce moment plus silencieux où l’on sent que la vie d’avant ne nous correspond plus tout à fait.

Nous voudrions que tout redevienne comme avant. Retrouver nos habitudes, nos repères, notre façon d’être. Comme si l’équilibre consistait à revenir à la personne que nous étions.

Pourtant, ce n’est peut-être pas là que se trouve le véritable défi.

Une partie de notre souffrance ne vient pas du changement lui-même, mais du fait que nous continuons à vouloir vivre avec une identité construite pour une vie qui n’existe déjà plus.

Certaines étapes de la vie ne nous demandent pas de revenir en arrière. Elles nous invitent à repenser qui nous sommes — non pas parce que l’ancienne version de nous-mêmes était inadéquate, mais parce qu’elle était juste… pour une autre étape de notre vie.

C’est peut-être cela, une transition : ce moment où une ancienne version de nous-mêmes cesse progressivement de fonctionner, avant que la suivante n’ait eu le temps d’émerger.

Nous ne savons plus vraiment qui nous sommes, et pas encore qui nous devenons. C’est cet entre-deux qui est si inconfortable — nous avons l’impression de perdre nos repères, alors que nous sommes peut-être en train d’en construire de nouveaux.

Notre cerveau, lui, déteste cette période. Il cherche la stabilité, et nous souffle que nous ne retrouverons jamais notre équilibre.

La psychologie nous invite à une forme d’humilité : nous sommes étonnamment mauvais pour imaginer ce que nous ressentirons dans quelques mois.

Nous regardons l’avenir avec les yeux de la personne que nous sommes aujourd’hui, en oubliant que d’ici là, nous aurons appris, rencontré des personnes qui modifieront notre regard, développé des ressources que nous ignorions posséder.

Souvent, nous n’avons pas peur de l’avenir. Nous avons peur d’un avenir imaginé avec nos ressources actuelles.

Alors, la question n’est peut-être plus « comment faire pour que rien ne change ? »

Mais plutôt : quelles ressources vais-je construire pour rencontrer cette nouvelle étape de ma vie ?

Car les ressources ne servent pas à empêcher les changements. Elles nous permettent de les habiter autrement.

Une personne qui nous écoute sans chercher à nous réparer.
Un lieu où l’on peut enfin respirer.
Une pratique qui aide à retrouver un peu de calme lorsque tout semble vaciller.
Un accompagnement qui remet de la clarté là où tout paraît confus.
Ou simplement la permission de ne pas avoir immédiatement toutes les réponses.

Ces ressources ne font pas disparaître les épreuves. Mais elles changent profondément la manière dont nous les traversons.

Une transition n’est peut-être pas une parenthèse entre deux périodes de stabilité.
Elle est parfois l’endroit même où notre vie prend une nouvelle direction.

Le but n’est peut-être pas de retrouver l’équilibre que nous avions, mais de construire celui dont nous aurons besoin pour la suite.

Les changements nous font rarement retrouver la personne que nous étions — ils nous offrent la possibilité de devenir celle que nous ne pouvions pas encore être.

C’est au cœur de ma philosophie d’accompagnement : soutenir non pas le retour à l’ancien équilibre, mais l’émergence d’un nouvel équilibre, plus juste.

Marjolaine Sami

Retrouvez les ouvrages et recherches qui ont nourri cet article. Si le sujet vous interpelle, ces lectures constituent un excellent point de départ.

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