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« La vie se comprend en regardant en arrière, mais elle se vit en regardant en avant ».
— Søren Kierkegaard
Nous aimerions connaître le sens de notre chemin avant de l’emprunter.
Et si ce sens n’apparaissait qu’en marchant ?
Nous avons souvent l’impression qu’une bonne décision devrait s’imposer comme une évidence.
Qu’à force de réfléchir, d’analyser, de comparer, nous finirons par atteindre ce moment où tout sera enfin clair. Le bon métier. La bonne formation. Le bon lieu. Le bon projet. La bonne direction.
Alors nous attendons…
Nous lisons un livre de plus, demandons un autre avis et encore un avis supplémentaire. Nous cherchons un signe et une dernière confirmation. Et, peut-être qu’en réfléchissant suffisamment longtemps, l’incertitude finira par disparaître.
Pourtant, ce moment arrive rarement… parce que certaines réponses ne peuvent tout simplement pas être trouvées… avant d’avoir commencé à vivre le questionnement.
Notre cerveau n’aime pas l’incertitude.
L’inconnu mobilise nos mécanismes de vigilance et consomme beaucoup d’énergie. Face à une décision importante, il est donc naturel de vouloir recueillir toujours plus d’informations.
Réfléchir nous donne le sentiment de garder le contrôle.
Mais il existe un piège subtil : nous pouvons finir par croire que penser davantage nous rapproche automatiquement de la réponse.
Or il arrive que la réflexion tourne en boucle.
Le cerveau revisite les mêmes hypothèses, les mêmes peurs, les mêmes arguments… sans produire d’information nouvelle.
Notre réflexion s’appuie nécessairement sur les connaissances que nous avons déjà. C’est l’expérience qui lui apporte des informations nouvelles.
Plusieurs courants de la psychologie convergent vers une même idée : une partie de ce que nous sommes ne peut être découverte uniquement par l’introspection. Certaines dimensions de nous-mêmes n’apparaissent qu’au contact de l’expérience : c’est le fameux « learning by doing ».
Nous nous découvrons aussi en agissant.
Carl Rogers, l’un des grands psychologues humanistes, considérait que l’être humain se construit progressivement au contact de son expérience. Nous ne révélons pas une identité déjà écrite quelque part ; nous devenons peu à peu nous-mêmes en rencontrant la réalité.
Chaque expérience nous apprend quelque chose que la seule réflexion ne pouvait nous enseigner.
Les neurosciences vont dans le même sens.
Le cerveau apprend en permanence grâce à ce que les chercheurs appellent les « erreurs de prédiction ». Chaque fois que la réalité diffère de ce que nous avions imaginé, il ajuste sa compréhension du monde.
Autrement dit, ce ne sont pas seulement nos réussites qui nous font avancer. Ce sont aussi les écarts entre ce que nous pensions trouver… et ce que nous découvrons réellement.
Sans mouvement, ces ajustements n’ont pas lieu.
Sans expérience, certaines informations restent tout simplement inaccessibles.
Les personnes qui semblent avoir trouvé leur voie racontent rarement avoir eu toutes les réponses dès le départ.
Elles évoquent plutôt une succession de rencontres, d’essais, de détours, parfois même d’erreurs qui, avec le recul, ont fini par dessiner une direction.
Elles n’ont pas attendu que tout soit clair. Elles ont accepté qu’une partie de la clarté naisse du mouvement lui-même.
Choisir ne consiste peut-être pas à trouver immédiatement la meilleure réponse.
Il s’agit parfois simplement d’accepter de faire un premier pas suffisamment juste pour permettre au suivant d’apparaître.
Nous imaginons souvent que notre chemin existe déjà quelque part, parfaitement tracé, et qu’il suffirait de le découvrir.
Mais il est possible qu’il ressemble davantage à un sentier qui se révèle à mesure que nous avançons.
Et peut-être que la véritable question est ailleurs.
Sommes-nous prêts à nous laisser transformer par le chemin que nous allons emprunter ?
Car une voie ne se contente pas de nous conduire quelque part. Elle nous façonne, nous révèle et nous apprend progressivement qui nous devenons.
C’eest peut-être cela, au fond, la confiance : non pas croire que tout se passera comme prévu, mais savoir que, quelle que soit l’expérience rencontrée, elle participera à notre cheminement.
Alors, peut-être que certaines réponses apparaissent parce que nous avons accepté de marcher avant de les connaître.
Marjolaine Sami
Retrouvez les ouvrages et recherches qui ont nourri cet article. Si le sujet vous interpelle, ces lectures constituent un excellent point de départ.